vendredi 22 juin 2007

Aprés l'euphorie, la crise de la fiction...

Je reproduis ci-après un extrait d'un article de Nathalie Lenoir :

"Grosse remise en cause pour France 2...

La fiction française est actuellement en crise, toutes chaînes confondues. Si quelques séries hexagonales fonctionnent plutôt bien, unitaires et miniséries ont globalement le moral en berne (vieillissement du public, baisse des audiences). France 2 se remettrait particulièrement en cause et envisagerait, selon la revue Ecran Total, de suspendre 60 à 70 % des projets qui étaient en développement. De quoi faire grincer bien les dents de bien des auteurs... La chaîne souhaiterait d'autre part s'orienter vers la comédie pour ses projets jeunesse."

In situe, je vous recommande le post daté d'hier de Cédric, Période trouble...

Msiter Fred me demandait hier quelle fiction française pouvons-nous retenir de ces dernières années ? Naturellement, instinctivement, aucune ne nous vient à l'esprit. Aucune.

Je suis spectateur, pas acteur, mais une seule et unique raison m'apparait: le faible niveau, la paresse intellectuelle des financiers du cinéma et de la télévision - ils se jugent producteurs, et n'ont aucune ambition, à part produire des ersatz de série US, ils sont annihilés, encalaminés par les enjeux financiers, tout en ne travaillant pas assez. Non pas : ils travaillent mal. Aaron Sorkin et David Chase sont des génies : plus que cela - ce sont les dramaturges des temps modernes. Chris Carter a révolutionné la fiction et Michael Crichton : on ne le présente plus.

Chaque série US a une image thème, une texture d'image : une identité. Les acteurs sont irréprochables, la mise en scène, soit en retrait, soit brutale : mais toujours sans esbroufe, proche de l'humain. Cohérente (Dexter, par exemple, est rempli de tics, de trucs, d'effets : et pourtant... ). L'américain magnifie l'humain, le réel devient plus grand. En France, l'ensemble de la production affadie, aseptise l'Homme. Or, travailler sur la nature humaine impose du temps, de la patience, une longue patine.

Je cite Cédric : "les producteurs développent des budgets de plus en plus restreints pour les auteurs. (...) Et puis surtout encore et toujours, on nous demande de beaucoup écrire et imaginer en nous payant un minimum. Toujours cette peur du producteur qu’il reporte toujours sur l’auteur (500 euros pour un outline de 52 minutes, bientôt on sera payé en pièce de monnaie…)." Et après on s'étonne que 'la fiction française est actuellement en crise, toutes chaînes confondues'. Mais avec un tel vécu, peut-on encore s'en étonner ?


Ne viennent chez nous que le meilleurs des séries US - et pour lutter, les diffuseurs proposent le pendant des séries de moindres qualités, des méthodes d'abattage, sans moyens ni talents. Métaphore osée - le complexe du topinambour : les américains proposent des frites toutes chaudes aux spectateurs ; les français, eux, proposent des topinambours cuitent à la vapeur...




Les personnages historiques américains sont magnifiés ; ils rentrent dans la mythologie, presque dans notre inconscient. Je me faisais hier ce raisonnement simple en lisant la biographie de James Angleton. Cet homme a inspiré le dernier film de Robert De Niro, Raison d'Etat. Avons-nous, dans notre bréviaire des personnages pouvant servir de base, d'inspiration à des scénarios 'plus grands que la vie' ? Qui osera faire un film sur le Colonel Passy ou Jacques Foccart ? Qui comprendra que pendant la Seconde Guerre mondiale, celui qui fut engagé par le général de Gaule pour s'occuper du renseignement de la France Libre le fut en un quart d'heure. Un quart d'heure !!!!

Je ne serais jamais scénariste ou producteur. Comme je le disais, je n'ai pas cette faculté autarcique, ce besoin incompressible d'écrire. J'aime trop lire pour cela. Et puis, je ne sais pas me vendre - donner envie de continuer. Je n'ai pas l'énergie pour démarcher, mettre le pied dans les portes ou simplement, dire que j'existe. Je sais aussi que bien souvent, mes interlocuteurs sont dubitatifs, voire réservés, ou tout simplement méprisants - "trop loin des réalités" - sur mes analyses, mes rapprochements, mes recoupements - sur mon approche. Je parlais de paresse intellectuelle : connaissent-ils seulement les noms évoqués plus haut ?

Il y a quelques mois, c'était l'euphorie, 'vous allez voir ce que vous allez voir' - et quelques temps plus tard...

Oui, peut-on s'en étonner ?

17 commentaires:

Loup a dit…

Tout ce que tu dis est évidemment vrai mais néglige cependant un autre aspect important du problème: la piètre qualité des auteurs (scénaristes et réalisateurs), leur absence de culture, la paresse dont ils font souvent preuve face à leurs sujets, leur manque de rigueur dans le travail. Tout ceci ne pousse pas vraiment les divers interlocuteurs à plus de moyens, de liberté ou d'audace.

Le problème dépasse donc de loin les seuls diffuseurs / producteurs. Le niveau est faible "à tous les niveaux", si j'ose dire...

BàT.

Michel a dit…

Peut-être... Mais les auteurs font avec ce qu'on leur demande, avec ce qu'on leur donne en terme de temps et d'argent (rémunuration et budget...). Sans doute faut-il qu'ils se remettent en cause, renouvellent leur méthode : qu'ils reviennent à l'essentiel. Mais je crois que pour la plupart c'est déjà le cas. Qu'ils ne demandent que cela. Je ne veux donc pas les "pointer du doigt"... parce que c'est une volonté politique : que les diffuseurs (parce que la volonté vient de là) prennent leur responsabilité. Enfin, je crois...

David a dit…

Je ne connais pas le système qui régit tout ça... car je ne suis pas (encore) confronté à ce milieu…
Mais la réponse au problème posée ne se trouverait-elle pas dans un service public plus fort qui subventionne d’avantage les fictions (des chaînes publiques) qui répondent à des critères de qualité.
Reste encore à définir ce que l’on considère comme « qualité ».
Dlib

Denis a dit…

Merde ? ça ressemble à un dernier bilet ! Et tu vas faire quoi Michel ?

D'après ce que je peux régulièrement lire sur les blogs de Cédric ou de Nathalie et ce que me dit une amie qui s'intéresse de près à la prod, le problème de la fiction française est tout "connement" et principalement une question d'argent.

Quand on se foutra (et je ne m'excuse PAS du terme) moins de la gueule des auteurs, peut-être qu'ils auront plus le coeur à l'ouvrage. Quand ils auront un statut, que le scénario aura enfin ses règles définies (bah qu'on sache ce pour quoi on est payé, un synopsis de combien de page ? Un kilo, combien de grammes ?) les auteurs commenceront à faire les choses (écrire donc) avec un peu plus d'enthousiasme...

Comment veux-tu construire une maison pour rien ? Donc comment écrire une histoire pour pas un rond ? La qualité requiert du temps. Et il faut pouvoir financer ce temps.

Ce genre de nouvelle et ton billet Michel, m'énervent au plus haut point, me dégoûte, me décourage (mais je n'ai rien contre toi Michel, je comprends ton abattement) mais j'essaie de ne pas y succomber. Je me donne encore du temps (le temps de mes indemnités ?) pour y arriver (arriver à quoi finalement ? être payer une misère en tant que scénariste ?).

C'est aussi pour ça que j'ai arrêté depuis quelques temps de me poser trop de questions. Trop de questions tue la motivation.

A part serrer les dents et avancer, je vois pas ce qui nous attends de mieux... Et je pense surtout que les efforts à faire commencent par chez nous. Ecrire, écrire, écrire, écrire, écrire (putain de verbe)...

Cedric a dit…

Alors autant je suis le premier à reconnaitre qu'il y a de très mauvais auteurs dans notre communauté, autant la généralité des propos de "Loup" me fait penser qu'il ne connais absolument rien à ce métier.

En fait, plus que de l'argent, c'est de "pouvoir" dont manquent les auteurs. Les personnes dont tu parles sont, aux USA, les vrais leaders de leurs séries. Il y a peu de personne pour remettre en cause leurs choix et au final, c'est le public qui décide. Nous, par défaut, on nous prend pour des cons. On ne cesse de nous répéter "c'est vous les auteurs" mais au finazl tout le monde semble mieux savoir que nous ce qu'il faut faire. Quand les (bons) auteurs prendront le pouvoir (production, diffusion), ça ira peut être mieux. ...

Denis a dit…

Bon ok, ça je suis pour, Cédric, donc on commence quand ?

Question : comment prendre le pouvoir ?

...

Cedric a dit…

C'est difficile de répondre à ces questions. Je connais des scénaristes qui ont arrêté d'écrire pour prendre des post ailleurs dans la chaine de production. Aurpès des productions, en tant de Directeurs Littéraire, ou même auprès des chaines de télé, comme conseillers spéciaux aux fiction,s des choses comme ça. Problème, ce sont des auteurs qui n'étaient pas vraiment très bons (ils écrivaient peu et voyaient dans ces postes un bon moyen d'avoir un salaire régulier) et donc on ne gagne rien (on, c'est nous les auteurs) à travailler avec ces gens là...

Cedric a dit…

Mais je confirme, le problème vient AVANT TOUT des DIFFUSEURS (qui, de part leur pression, font baisser la qualité des PRODUCTEURS)

Je vais vous dire, moi je travaille sur un très gros projet (dont je parle tout le temps sur mon blog) où les choses sont très simple. le producteur, qui est sur la même longueur d'onde que nous en terme de qualité, dit la chose suivante "On fera la série qu'on veut faire et si la chaine veut nous entrainer vers le bas, on préfère ne pas la faire !". Hé bien je peux vous dire que : 1/ c'est une bataille de tous les jours pour arriver au bout de ça et 2/ c'est bien le seul des producteurs avec qui je travaille à tenir ce genre de discours !

Michel a dit…

"autant la généralité des propos de "Loup" me fait penser qu'il ne connais absolument rien à ce métier." : je pense savoir qui se cache derière "loup" (mais je peux me tromper...) et je crois, cher Cédric, que si j'ai raison, tu te trompes (un peu...) quand au fait qu'il n'y connait rien au métier... Sinon, je pointais de ma vindicte effectivement les diffuseurs - en fait, principalement, les distributeurs.

Loup a dit…

Si vous le devinez, Michel, gardez-le pour vous. ;-)

BàV.

Michel a dit…

Effectivement - suis pas fou...

Cedric a dit…

Dans ce cas je ne partage pas du tout du tout son avis. Mais nous sommes probablement, lui et moi, des deux côtés de la barrière...
Et je regrette encore une fois, au passage, ces déclarations anonymes...

Un peu de courage, bon sang !

Koko a dit…

Je ne sais pas qui est Loup, mais je suis parfois d'accord avec lui. Les scénaristes et réalisateurs français aiment beaucoup dénoncer les méchantes chaînes frileuses qui les empêchent de libérer leur incroyable talent. C'est sûr, si TF1 nous laissait faire, on saurait tous pondre des Nip/Tuck, des Alias, et des The Office...

Les scénaristes ne peuvent pas à la fois réclamer un rôle plus important dans la production artistique de leurs oeuvres, et renier leur responsabilité dans la qualité finale de celles-ci. Balayons devant nos portes, camarades zoteurs !

Koko, scénariste anonyme

Loup a dit…

La généralisation par méconnaissance et le manque de courage, hou, j'aurais eu droit à tout. Je réserve mon "courage" à mes interlocuteurs contractuels, cela me sert à défendre mon travail... Ou à y renoncer, lorsque celui-ci n'évolue pas dans un sens qui me convient. Je l'ai déjà fait et je le referai encore, aussi cher que cela doive me coûter.

Et oui, malheureusement pour vous, Cédric, nous sommes "du même côté de la barrière" - quoique... - même si, effectivement, je ne pratique pas la solidarité aveugle. Admettre que les auteurs doivent aussi balayer devant leur porte ne veut pas dire que l'on dédouane producteurs et diffuseurs (et tant qu'on y est acteurs et réalisateurs) de leurs avanies. Seulement, je n'aime pas les accusations à sens unique, surtout quand l'ensemble de la chaîne de prod' aurait un travail à faire sur elle-même. Refuser de le voir n'aidera en rien le niveau général à se relever.

BàV.

Michel a dit…

Bon, je me disais que ce post susciterait des débats... je suis servi. Paix, mes frères ! Allez, suis d'accord avec tout le monde, comme à l'école des fans.

Cedric a dit…

Il n'y a point de haine, il y a juste débat. la solidarité aveugle, je ne suis pas pour non plus et souvent, dans les pages de mon propre blog, je dis tout le mal que je pense de certain de mes confrères (et on le reproche souvent à coup de "mais pour qui te prends tu donc). Il y a des mauvais auteurs, c'est vrai, comme il y a des "mauvais" partout. Mais n'est-ce pas, dans ce cas-ci, aux autres intervenants de faire monter le niveau. Aux producteurs ? Aux diffuseurs ? Quand je vois certaines séries, aussi mal écrites que jouées et mises en scène, je me demande qui est à blamer en premier et si il est possible que personne, dans cette longue chaine de production, ne se soit rendu compte que c'était de la merde qui était mise en boite.
Je vous félicite donc, Loup, d'être aussi exigent avec vous qu'avec les autres, malgré votre anonymat ;)

Le problème est... que même les mauvais auteurs sont satisfaits d'eux...

Quant à Koko... Pas sur qu'on en soit tous capable, en effet (pour Alias, tout ça...), mais tant qu'on ne nous en a pas donné l'occasion, on se saura jamais.

Aurélie a dit…

Ouais !