vendredi 18 mai 2007

Reporters

Un post sur Reporters, série sur Canal + : "le quotidien de deux rédactions - celle d'un grand quotidien et celle d'un JT - est dépeint avec un réalisme fort."

Extrait de la note d'intention : "Avec eux, on traverse des univers, des codes, des atmosphères qui tiennent tantôt du polar, du mélodrame, du thriller ou du film politique...Autant de matière où puiser des histoires. Celles que nous racontons ici sont parfois inspirées de faits réels, mais il est arrivé qu'au cours de l'écriture, l'information nous rattrape justement -avec pour conséquence curieuse d'écrire un jour une scène fictive qu'on avait l'impression de retrouver le lendemain des journaux."

J'ai bien aimé les épisodes de mardi - c'est dense, réaliste, les acteurs sont plutôt pas mal. "Ca sent" le vrai, souvent le vécu. Mais j'ai un bémol : pourquoi tant d'effets de manche, vouloir sortir des "bons mots" comme si la parole, les aphorismes, les synthèses lexicales importaient plus que les scénes, que l'action. Pourquoi faire de l'esbrouffe, surligner l'action et les personnages, avec une caméra qui bouge, un plan sur un visage un poil trop long... Les sujets sont suffisament forts, les scénes et les acteurs parlent d'eux-mêmes : pourquoi donc ajouter un dialogue, une explication, même silencieuse ?

Exemple, vers la fin du 3e épisode : l'enterrement d'un journaliste enlevé et exécuté. Article du jour : premier éditorial, démonçant l'immobilisme du gouvernement : le ministre de l'intérieur (ersatz de Sarkosy embrassant un journaliste du Monde ?), s'approche et embrasse la journaliste en question. Gène, regards des autres... S'ensuit non pas un, mais deux dialogues : l'un expliquant le regards de ses confrères, la machine à rumeurs en route ; l'autre exprimant les sentiments de la journalistes avec un des affidés du ministre. Pourquoi ces échanges ? Qu'un ministre dans un moment de douleur pour une famille et une profession embrasse une journaliste (d'un journal 'd'opposition' qui plus est) suite à un des ses éditos : voilà une séquence forte, explicite. Mais ces deux dialogues gachent, cachent les regards, les visages : anhilent par trop de raisonnements la force du moment.

Et c'est comme cela tout au long de la série - c'est fatiguant. Et frustrant. Ca me fait penser à deux choses. A ces dessins que l'on fait parfois, à ces textes que l'on écrit et auquels on ajoute une touche de couleurs, un mot, une ponctuation : le geste de trop qui enlève la grâce qu'on avait par mégarde atteint. Ou alors à cette anecdocte racontée par Jean-Pierre Jeunet. Aprés la première projection test réussie d'Alien 4 - La Résurrection, les producteurs lui ont demandés d'ajouter des dialogues explicatifs sur certaines scénes pour accroitre l'audience potentiel, pour que le moindre péquin du Texas puisse comprendre l'action et les séquences.

C'est donc mon bémol sur Reporters : les effets sont de trop, et les dialogues explicatifs, inappropriés. C'est stupide parce qu'inutile ; c'est inutile, parce que le public potentiel de la série n'est pas le même que celui de Joséphine Ange Gardien.

Messieurs les diffuseurs, les producteurs ou les directeurs de collection : soyez un tant soit peu intelligents et modestes - laissez faire la force de l'action, des séquences, la puissance des acteurs. Oui, laissez leur un peu de liberté, pour exprimer par l'image, sans être explicatif mais véritable. Ayez confiance aussi en votre public. Ca nous changera. C'est une dernière marche.

A contrario, pourquoi les effets de Dexter ne m'ont pas génés ? J'ai adoré Dexter - les effets ne viennent pas rajouter à la force des séquences, mais, un peu en deça, ils en renforcent l'impact. Alors, certes, deçi delà, tout n'est pas parfait, (comme pour les Soprano - non, j'insiste pas...) - mais voilà, la différence est flagrante.

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