jeudi 28 juin 2007

Chère Aurélie,

En réponse à ton commentaire, je te dédie ce post...

Nous ne sommes pas d'accord. Ce que je voulais exprimer, c'est le nécessaire, l'indispensable retour à l'essentiel : l'Homme, l'Histoire et l'Homme en elle.

La multiplication des intervenants, l'argent, etc. - tout cela nous fait oublier le principal, l'axe, la base, les fondements mêmes de toutes démarches d'écriture, qu'elle soit poésie ou cinéma, même télévisée. Je ne nie pas du tout l'industrie - justement, la difficulté est claire : ne pas oublier l'ame.

La citation de Rimbaud vise à rendre explicite cette démarche, plus claire, plus extrême. Une hyperbole, en quelque sorte. On nous parle de CLIMAX, de structure, de méthodes d'écriture, etc. C'est nécessaire. Mais les auteurs français ne sont pas plus stupides que les anglo-saxons. Ils sont justes aseptisés , au sens premier : nettoyés de l'humain.

Friends : avez-vous noté le nombre de problèmes de société dont il est question, de l'homoparentalité à la difficulté des trentenaires de parvenir à l'âge adulte, en passant par la solitude urbaine. C'est léger, efficace, drôle : et très actuel, même après de multiples diffusions. Je parlais dans le post précédent de Aaron Sorkin ou de David Chase - j'employais le mot de 'dramaturge'. Oui, les séries TV sont ce que les feuilletons littéraires étaient aux XIXe siècles. Qui aujourd'hui en France mériterait cet adjectif, ce titre ? Aurélie, tu parles de "concessions" : ça dépend quoi et à qui. Daryl Zanuck (qui n'était pas un tendre) faisait valoir que Mankiewicz avait fait ses plus beaux films sous son règne. Qui chez TF1, chez F2 ou Canal + pourrait être ne serait-ce qu'un orteil de Zanuck. Alors, il est vrai que voulant faire L'Aiglon, et désirant faire tourner Katherine Hepburn dans le rôle titre, les producteurs lui ont demandé si le personnage était lesbienne. Mais il tourna Eve et la Comtesse aux pieds nus ...

Tout cela est un faux débat (argent, production, diffusion, et tout le toutim) - un retour aux fondamentaux exprimés par le poète me semble indispensable, parce que c'est là la source des problèmes, de la perte d'audience, d'argent... et tout et tout. Et nous oublions trop souvent les évidences, parce qu'elles sont aussi conscience.

22 commentaires:

Aurélie a dit…

Je suis d'accord avec tout ce que tu dis sur l'humain. C'est évident que c'est un des éléments qui font la grande différence entre les séries françaises et les séries US...

Je suis aussi d'accord avec les exemples que tu donnes concernant les grands producteurs américains de l'âge d'or des studios (je pense que la situation a un peu changé depuis cette époque).

Mais il me semble que dans le débat qui animait tout le monde un peu plus bas, il était question des diffuseurs (et non des producteurs) comme des détenteurs de l'argent (et donc du pouvoir) mais pas du talent...
Malheureusement, on ne peut pas se passer d'eux ! C'est comme ça que ça marche, écrire un scénario perd tout son sens s'il n'est pas tourné (et diffusé). Alors que la poésie de Rimbaud n'a besoin que d'être écrite pour exister...

Moi qui débute dans le métier, et qui me pose beaucoup de questions sur ce qu'est "être scénariste", je sais que, lorsque mes scénarios seront tournés et diffusés, je ne me demanderai plus si j'en suis ou pas ! ;)

Michel a dit…

Le cinéma commença son existence, son exploitation en tant que phénomène de foire : cet axiome n'a toujours pas été résolu. Mais quand l'industrie n'est plus en phase avec le public, quand elle oublit l'humain, alors il n'est plus rentable. Toutes les formules, toutes les méthodes ne changeront rien à cette base fondamentale. Or, quand le producteur de Lost parle de problèmes d'écriture et de production en France, dans ce dernier cas, je ne suis pas certain qu'il exprime seulement le budget dévolu à nos fiction (" Ce n'est pas le financement de la fiction française qui pose problème." dit-il. Je serais d'ailleurs curieux de comparer les budgets hors casting des 4M€ aux 1 M€ dont parle Matthieu Viala.)

A l'époque Hollywoodienne, les financiers des Studios étaient à New York, et les producteurs, à LA. Aujourd'hui, à la télévision comme au cinéma, tout se confond : les financiers sont également diffuseurs : mais en fait, ils agissent comme des producteurs (cf les derniers posts de Cédric), sans en avoir le talent, ni même la compétence de la fonction. Un distributeur pari sur un scénario, voire un film : bref, sur un produit achevé en tant que tel. Il n'a pas les compétences pour faire émerger d'un auteur, d'un réalisateur, ce produit fini.
Sa compétence est de repérer, pas de développer. Le noeud du problème est là : la confusion des rôles, des compétences, entrainant ce déficit d'humanité. D'un point de vue artistique, c'est déplorable ; d'un strict point de vue économique, c'est une désorganisation meutrière et coupable, antinomique d'efficacité.

Denis a dit…

Moi j'en ai marre de ces débats qui ne mènent nulle part. Ils doivent bien se foutre de nous ceux qui font les séries actuelles. Et pendant qu'on se plaint, on n'écrit pas. Bof. Je pense que j'essaierai de changer les choses une fois que j'y serais. Avant, c'est être poête justement.

Michel a dit…

Et alors, c'est mal d'être poete ?
De plus, si çà sert à rien, çà fait du bien. De plus, aprés tout, tout le monde donne son point de vue, alors... Et de plus, j'espèr que tu ne seras pas, cher Denis, trop déçu...

Aurélie a dit…

Et pourtant la différence fondamentale entre le système français et américain, c'est qu'au Etats Unis, la loi anti-trust empèche les producteurs d'être aussi diffuseurs ou exploitants. Alors qu'en France, les chaînes/exploitants produisent aussi ou financent, ce qui est différent du fait d'acheter des films ou des séries... Je ne dis pas que c'est l'argent en lui-même, le problème (je ne sais pas où tu as lu ça), je dis juste que l'écriture n'est pas juste une histoire d'auteurs, et que malheureusement d'autres personnes/paramètres entrent en compte.

Quant à être poète, Denis, ça voudrait dire écrire des scénarios qui restent dans les tiroirs... Je sais bien que tous mes films ne seront pas tournés, mais un scénario malheureusement n'est pas une oeuvre en soi, contrairement à la poésie...

Bref, ce débat est surtout stérile parce que j'ai l'impression que personne ne s'écoute...

Michel a dit…

Non, en fait le vrai problème : c'est que ce sont les mauvaises personnes au mauvais endroit ;) !!!!

Denis a dit…

Salut Aurélie, j'ai jamais dit que écrire un scénario c'est faire de la poésie...

Par "Je pense que j'essaierai de changer les choses une fois que j'y serais. Avant, c'est être poête justement." Je voulais dire que vouloir changer les choses alors que ni Michel, ni toi, ni moi ne nous trouvons encore en position de force dans le milieu (ou on y est pas du tout, ou encore très loin) c'est être poète, je voulais dire par là, être romantique, idéaliste...

Pour en revenir à Michel (qui apparemment m'avait entendu) non ce n'est pas mal d'être poète, mais bon ça rapporte encore moins que scénariste... et puis ça a son temps, faut passer à la réalité des choses. Voir comment fonctionne la réalité, sortir de la matrice, tout ça... Donc tant qu'on sera là à aboyer c'est sûr, on n'en saura jamais rien.

Et d'ailleurs, avec un ami on est en train d'écrire une bible pour une série comique courte. Je vous propose d'écrire un épisode chacun et on envoie tout ça aux chaîne tv ou sinon dossier CNC.

Chiche ?

Denis a dit…

Salut Aurélie, j'ai jamais dit que écrire un scénario c'est faire de la poésie...

Par "Je pense que j'essaierai de changer les choses une fois que j'y serais. Avant, c'est être poête justement." Je voulais dire que vouloir changer les choses alors que ni Michel, ni toi, ni moi ne nous trouvons encore en position de force dans le milieu (ou on y est pas du tout, ou encore très loin) c'est être poète, je voulais dire par là, être romantique, idéaliste...

Pour en revenir à Michel, non ce n'est pas mal d'être poète, mais bon ça rapporte encore moins que scénariste... et puis ça a son temps, faut passer à la réalité des choses. Voir comment fonctionne la vraie vie, sortir de la matrice, tout ça... Donc tant qu'on sera là à aboyer c'est sûr, on n'en saura jamais rien.

Et d'ailleurs, avec un ami on est en train d'écrire une bible pour une série comique courte. Je vous propose d'écrire un épisode chacun et on envoie tout ça aux chaîne tv ou sinon dossier CNC.

Chiche ?

Michel a dit…

Cher Denis, personnellement, je pense qu'avoir une démarche critique nous impose aussi, au-delà l'aspect ridicule que je te concède, une propre réflexion sur soi-même. Je pense, non, j'en suis convaincu, que nous sommes à l'image, sans doute déformée, de ce qui s'est produit à la fin des années 60 aux USA, et qui permis l'avènement du Nouvel Hollywood. Il y a quelques mois, j'en parlais à Mister Fred ; il me répondais : mais les entrées vont biens... Voire aujourd'hui les audiences et les entrées du 1er semestre... Avoir une réflexion, un recul, permet de mieux comprendre, pour agir. Pour agir, et non pour être seulement poete... C'est ma démarche, plus pragmatique qu'il n'y parait...

bertrand a dit…

Perso je préférais quand tu nous demandais notre avis sur tes idées, tes projets, tes extraits, tes créations Michel. Ca, c'était excitant pour le cerveau.

bertrand a dit…

Denis, chiche.
bertrand@keufna.com

Denis a dit…

C'est marrant le pragmatisme, ça arrive plus vite qu'on ne le pense. Michel, tu as raison. Ok Bretrand, on t'envoie ça dans quelques jours (2-3).

Aurélie a dit…

Chiche aussi ! ;)

Denis a dit…

T'inquiète Aurélaïe, t'étais dans le listing avant même d'être née... D'ailleurs j'aimerais faire un rendez-vous créatif dans un café tranquille histoire de générer des idées. Enfin pour ceux qui pourrons ou voudrons.

Cedric a dit…

Je ne sais pas ce qui me retient de vous dénoncer à l'UGS, moi... ;)

Denis a dit…

Bah je pourrais soûler Ben avec des contrats mais il vient tout juste de commencer dans la prod...

Michel a dit…

Bah, la première fois pour ce type de rv, j'étais malade ; la deuxième, je ne sais plus trop quelle excuse ; pourquoi pas la troisième : faut bien que j'invente une nouvelle excuse... Mon mail est dans le profil...

Aurélie a dit…

Ca marche pour moi le rv, peut-être peut-on passer en mode mail pour organiser tout ça ? ;)

Denis a dit…

Non non on va continuer comme ça allez hop ! Plus sérieusement, oui en effet, donc j'attends quelques avis et je lance tout ça.

Laurent a dit…

Bonjour,
je suis un nouvel arrivant au CEEA, aspirant scénariste, donc, et je découvre pour la première fois ce blog...
Juste pour dire, merci.
La série de post que je viens de lire me frappe par la justesse de son analyse et la force de ses arguments. J'ai l'impression de voir exprimé ce que je tente de formuler dans ma tête depuis bien des années.
Oui, c'est de l'Humain dont il est question, c'est lui qui fait défaut dans les séries, et même dans une bonne part de la cinématographie française. L'allusion aux feuilletonistes du XIXème siècle m'a laissé sous le choc ! Merci encore.
Passionant débat, en tous cas.

Laurent a dit…

Tiens d'ailleurs, j'ajoute une citation approximative de la correspondance de jeunesse de Dostoïevsky :
"Je veux passer ma vie à comprendre l'homme, et c'est déjà l'oeuvre de toute une vie."
(sûrement très éloigné de la véritable citation originale qui était bien mieux mise en forme...)

Michel a dit…

Laurent, dans mes bras !!!! (ou dans mon mail - il est en profil !!!)