mercredi 3 janvier 2007

Le vécu comme fondement


Un utilisateur anonyme a dit…
Ca sent le vécu tout ça. Le vécu inutile ?


Mélancolie.
mardi, janvier 02, 2007


J’ai eu ce commentaire sur Un Souffle plus loin. Et c’est étrange comme la ponctuation me met dans des abimes de perplexité.

Reprenons la phrase – mais sans le point d’interrogation : « Ca sent le vécu tout ça. Le vécu inutile. » De fait, pas de doute, le lecteur n’a pas aimé le texte. Dont acte. Après tout, c’est mon droit d’exposer, c’est son droit de ne pas aimer, comme de le dire. Ce n’est pas agréable, mais c’est le jeu. Encore une fois : dont acte. Je la remets dans ma culotte (ce n’est pas gracieux, mais j’aime bien cette expression de feu Renaud…)

Mais le point d’interrogation change tout.

Parce que, justement, je m’interroge : est-ce que j’ai jamais dis que le vécu n’était pas important ? Si tel est le cas, si jamais j’ai laissé entrevoir cela, alors vraiment mon expression est mauvaise, négligeable et stupide. Parce que je pense qu’il n’y a que l’intimité qui compte – tant au niveau des connaissances qu’au niveau des sentiments. Après - une histoire, un fait, une expression : ce sont des caches, des paravents, une paradoxale pudeur… Nous ne pouvons mettre que ce que nous sommes dans ce que nous écrivons. Et une grande part de ce que nous sommes n’est-elle constituée de ce que nous avons vécu ? Sinon, ça ne porte pas, nous ne transmettons rien. Cela ne sert à rien. Et même 'si tout est vanité', c’est une illusion qu’il est bon de garder pour soi, pour avancer, pour vivre, un peu (cf. le monologue d’Hamlet) - même dans le mensonge, même notre représentation n'est que théatre et non réalité.


Je voudrais en complément extraire à nouveau ce court passage d'Henry Miller dans Les Livres de la ma vie :

« On continue d’enseigner aux hommes à créer en leur faisant étudier les œuvres des autres ou en les laissant tracer des plans et des esquisses qui ne dépasseront jamais le stade de l’ébauche. On enseigne l’art d’écrire dans des salles de classe et non pas au cœur de la vie. On propose aux étudiants des modèles qui sont censés convenir à tous les tempéraments, à toutes les intelligences. Il ne faut pas s’étonner après cela que nous produisions plus de brillants ingénieurs que d’écrivains, plus d’experts industriels que de peintres.Je ne considère pas mes rencontres avec les livres d’un autre œil que mes rencontres avec les phénomènes de la vie ou de la pensée.»« Aucun artiste n’a jamais atteint la grande masse palpitante de l’humanité. (…) si écrire des livres, c’est restituer ce que nous avons puisé dans le grenier de la vie, dans les réserves de nos frères et de nos sœurs inconnus, alors, je déclare : Ecrivons davantage de livres ! »

Je l’avais déjà cité – ça reste vrai.

http://affinits-eclectiques.blogspot.com/2006/10/matthieu-viala-producteur-de.html

Post-Scriptum

Pour en revenir à la première partie du commentaire (« Ca sent le vécu tout ça ») les choses sont un peu plus compliquées ; la réponse est stricto sensu non, bien sur.

7 commentaires:

Jim a dit…

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Anonyme a dit…

Ces morceaux de texte me touchent au plus profond. Ils m'ont remués.
Je crois que je n'ai même jamais été touchée comme ça avec aucun texte lu dans ma vie ! C'est très troublant.

Tu as écrit exactement ce j'aurais aimé lire en ce moment. Mot pour mot. Exactement. Ca dépasse l'entendement cette correspondance de l'intime.

Et pardessus tout, je suis surprise de découvrir que c'est toi qui a écrit ça. Je pensais que tu reprenais les textes d'un auteur classique !?

Mélancolie

Michel a dit…

Ben, merci. Je suis un peu gêné, à vrai dire… D'autre part, et pour être complet, j'ai toujours pensé qu'Un Souffle devait être donné sur scène – plus qu’une nouvelle, c’est en fait un long monologue. Il a été écrit comme cela. Il manque cela : une voix, un murmure. C’est peut-être mon seul regret sur ce texte.

Anonyme a dit…

Je ne peux pas comprendre comment on peut écrire ça sans l'avoir vécu. Ca me parait révisionniste.
mélancolie

Michel a dit…

"révisionniste" ??? Alors là, faut développer, parce que je ne comprends rien de rien.
De plus, les choses sont plus compliquées.

Anonyme a dit…

Non, je n'ai pas envie de développer Michel.
Je comprends ce que tu as voulu dire par le "stricto sensu" (plus haut). Du "vécu" mais pas au sens réel du terme. Fantasme.
Sur le net, ce sont des choses qui arrivent assez simplement, logiquement. Ici, les sens sont parfois oubliés. Mais quand on est scénariste ça n'est pas un problème suffisament lourd pour empêcher le sentiment profond de naître quelque part.
Et puis toi, je ne connais pas cette histoire que tu as vécu mais j'imagine quelque chose du même ordre que mon histoire. Bref, je suis tout de même bouleversée de ce que j'ai lu ici. C'est l'essentiel. Que ça te dépasse, c'est normal. Même plutôt magnifique.

Anonyme a dit…

Même plutôt magnifique... Ce dépassement.

Mélancolie