mercredi 13 décembre 2006

Un pincement de lèvre

J'ai donc regardé Mafiosa hier soir - énorme déception.

Je vais prendre un exemple : Les truands braquent donc un avion contenant des bijoux – je ne suis pas spécialiste en aéronautique, mais c’est un avion d’affaires, type Falcon - voir ci-dessous :

Maintenant, je vous prie de comparer avec le type d’avion ayant réellement été braqué en hélicoptère : un Mercure d’Air France (photo ci-dessous).

Vous noterez la différence de taille - et donc d'impact. Ils ont certes essayé de compenser par le son, la musique, une mise en scène pseudo-électrique - mais ça fait pshitt... C'est un braquage de plus.

Giancarlo de Cataldo, auteur de Romanzo Criminale, expliquait que quand il devait choisir entre la réalité et la dramaturgie, il choississait toujours la dramaturgie. Ici, les auteurs de Mafiosa ont choisi - là où il n'y avait rien à choisir, seulement se laisser porter par la réalité.

C'est un exemple factuel, mais tout est à l'avenant. Soit ils ne vont pas au bout, soit c'est trop signifiant - plein d'effets de manche, de regards, d'explications. Comme la scéne finale entre Sandra et son grand-père.

Le comble du ridicule vient à la fin de la séquence du hold-up. Sandra Paoli négocie elle-même (sic) la vente des bijoux aux assureurs. Pourquoi pas. (Voir Heat, par exemple). Elle termine la transaction par un pincement de lèvre, une sorte d'expression de jouissance à dealer. Juste poser un question : quel intérêt de montrer cela autrement que dans ses yeux ?

Les Soprano : l'écriture et la mise en scéne sont naturalistes, éthérées. Le sujet est si fort, les personnages vivent le crime naturellement. Tony étreint ses maitresses avec la même conviction qu'il aime Carmela. Il tue et ment aussi sincérement qu'il mange. L'esbrouffe, tout effet, serait contre productif. Dans le cas présent, avec un si bon sujet, Mafiosa fait bof. Parce que rien n'est naturel. Tout est accentué, marqué, surligné.

Canal + renouvelle la fiction française. Le sujet, sans doute. Mais la forme... C'est Navarro qui se prend pour Tarantino.

A noter, que si vous voulez une vraie histoire corse, lisez le Canard Enchainé de ce mercredi...

3 commentaires:

Frédéric a dit…

"Navarro qui se prend pour Tarantino"

Et pourquoi pas l'inverse ?
tarantino met bien en scène Urgences. Pourquoi est-ce qu'il ne pourrait pas officier sur Navarro ?

Michel a dit…

On voit que tu n'as pas vu les épisodes d'hier !!!!
Parce que Tarantino sur Urgences ou Les Experts - ça, c'était génial.
Et Taratino sur Navarro : voilà une idée - va lui proposer !

Cedric a dit…

Bon je viens de voir Mafiosa et je ne suis pas du tout de ton avis. Si il y a du Tarantino quelque part, c'est dans les Soparnos, pas dans Mafiosa.

La comparaison me semble hasardeuse. Les Sopranos, c'est une série "non limitée" qui joue sur les codes en les détournant, qui s'appuie certes sur des personnages forts et des situations non moins fortes mais avec un second degré très... Tarantino, justement.

Mafiosa, plus stylisé, joue davantage le premier degré. Certes ça peut faire rire parfois mais je trouve que cela passe très bien, parce que c'est pleinement assumé. Et moi je suis plus... "choqué" que Sandra, compte tenu de ses nouvelles fonctions, soit toujours avocat plutôt que de la voir négocier elle même des diamants.

Quant à la dramaturgie VS la réalité, je crois qu'il ne faut pas oublier une autre donnée très importante des tournages : les imprétaifs.

Ce n'est pas parce que je suis complètement "dedans" que je dis amen à tout, hein, entendons nous bien. Mais mettre en scène (avec grand talent) un personnage principal aussi ambivalent est tellement rare à la télévision française que j'ai du mal à voulir cette fois jouer le jeu de la comparaison franco-américaine.