samedi 22 mars 2008

Formation, de Pierre Guyotat


Il est des livres que nous sentons - plus sensiblement qu’avec raison - que la littérature, c’est çà. Mais bien souvent, ces ouvrages nous sont inaccessibles. « Ils sont plus forts que nous » disait Daniel Pennac. Ou trop loin, trop intelligents, trop hauts. Trop différents, peut-être. Comme Ascension de John Coltrane, Formation de Pierre Guyotat déroute. Un seul mot vient à l’esprit : dissonance. « Je l’ai écrit (…) à l’indicatif présent. Les sentiments, les interrogations, les pensées sont d’un enfant (…) – les idées, les convictions, les tourments qui s’y manifestent sont ceux de son entourage, de son temps, dans ses lieux. » Mais l’homme qu’il est aujourd’hui parle simultanément avec l’enfant qu’il était. Entre deux émois d’une sexualité naissante, entre deux scènes de la vie familiale, Pierre Guyotat décrit aussi les idées, les convictions, les évènements, les sentiments, les actions, dans une perspective et une analyse inconnue à l’époque (rafles, Camps, actions de tel ou tel personnage historique…). Ce livre est un ensemble où le présent se confond avec des flash-back et des flashforward permanents, presque d’une phrase à l’autre, d’un paragraphe – son ‘présent de l’indicatif’ contracte le temps. Le passé, le présent, le futur antérieur, se chevauchent, s’amoncellent, ce fusionnent et s’enchaînent - créent le chaos. La dissonance. Comme le free-jazz nous fait apprécier le silence tout en nous emportant dans des contrées inconnues et fatales, Formation est un livre troublant, un conflit intérieur transmis à nous lecteur. De la littérature, pure.

jeudi 20 mars 2008

Le Seigneur de Bombay, de Vikram Chandra

Lire Le Seigneur de Bombay en heure de pointe dans le métro ou le RER – comme 99% de ses lecteurs parisiens - est un acte déraisonnable. Ses 1265 grammes vous déboîtent l’épaule, et ses 1000 pages vous écrasent – mais comme le dit un personnage de Romanzo Criminale, ‘il aurait été sage de le replier. Mais depuis quand sommes-nous sages ?’ Le talent de Vikram Chandra nous impose ces efforts, le transfert psychique dans cette aventure de goudron et de cendres. Et peut-être même le roman est-il trop court. L’auteur déploie ses personnages, sa ville, son pays tout entier, avec amour, affection, presque avec tendresse, il leur donne sang et pulsation. Oui, ‘il nous place au point modal d’un réseau, à l’intersection des lignes d’énergie qui parcourent l’Inde, qui bourdonnent, tournoient et changent de forme’. C’est un livre monde, un livre monstre, une épopée intime, un grand roman populaire. Plus que l’enchaînement des histoires et des genres (polar, espionnage, thriller, amoureux), Vikram Chandra s’attache à l’histoire de chacun de ses personnages broyés dans le magma de l’Histoire. Il prend son temps, leur accorde toute son attention, il développe leur existence avec mille détails jamais superflus, milles inflexions, milles facettes. Ils s’agitent, parfois, interagissent, toujours, dans un ensemble où chaque acte est un battement d’ailes de papillons qui mène au chaos. D’Harry Potter à la trilogie Millénium, Le Seigneur de Bombay est un de ces livres qui donnent à aimer la lecture par son amplitude à hauteur d’homme. « Les gens n’aiment plus lire » nous dit-on. En êtes-vous bien sûr ?

dimanche 16 mars 2008

Le salon du livre 2008

Je ne suis pas un habitué du Salon du Livre - trop de monde, trop de livres, trop peu de temps. Mais, comme nous étions invités dans le cadre du Prix des Lecteurs de L'Express à rencontrer auteurs et éditeurs... et bien, j'ai osé prendre ma journée - et déambuler.

Je ne vous livre pas mes réflexions - que du bon, que du bien, un vrai moment rare. Je suis un lecteur compulsif, peut-être même une sorte de collectionneur de volume. J'en achète bien plus que je peux en lire - c'est comme une drogue. Aujourd'hui n'a pas fait exception.

La passion selon Juette de Clara Dupont-Monond est pour moi le plus beau livre que j'ai lu ces dernières années - même si c'est un avis très personnel, très intime, je conçois qu'on ne soit pas d'accord. Mais c'est ainsi, je n'y peux rien. Je voulais juste dans la séance dédicace lui faire signer quelques mots. Et j'ai eu la chance de lui parler quelques instants...

Une amie (qui m'est très (très) chère) aimait plus que tout
Les ailes du désir de Win Wenders. Un jour, elle le rencontre,et prise d'émotion, elle ne peut rien dire. Emu lui-même, peut-être même aussi un peu pris de cours, le réalisateur allemand l'a pris dans ses bras. Tout çà pour vous expliquer dans quel état d'émotion j'étais.